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Message de Jean Moulin au BCRA, 29 mai 1943

 

Source : Archives nationales, AG/3(2)/400 – © Droits réservés   Téléchargement

Présentation

Par ce télégramme en date du 29 mai 1943, le représentant du général de Gaulle en France occupée, Jean Moulin, rend compte du succès de la première réunion à Paris du Comité national de la Résistance, rassemblant dix-huit représentants des principaux mouvements de Résistance, mais aussi des partis politiques et des syndicats de la France occupée.

Contextualisation

Au printemps 1943, la France est occupée depuis presque trois ans, mais la guerre tourne en faveur des Alliés depuis la victoire soviétique à Stalingrad en février. Arrivé en France clandestinement le 20 mars, Jean Moulin multiplie les rencontres avec les représentants des différentes organisations résistantes. Si la Résistance monte en puissance, elle reste divisée. À Alger, de Gaulle doit affronter le général Henri Giraud, soutenu par les Américains ; pour s’imposer définitivement à la tête de la France combattante, il a besoin de la reconnaissance de la Résistance intérieure. Enfin, la perspective d’une libération de la métropole se précise et la question se pose donc de la participation de la Résistance au combat sur le sol français et du rétablissement, à terme, du pouvoir républicain.

Analyse

Arrivé à Londres en octobre 1941, Jean Moulin est devenu en février 1943 le représentant du général de Gaulle en France occupée. Homme de gauche, Moulin est courageux et patriote : en juin 1940, alors préfet de Chartres, il avait tenté de se suicider pour échapper à d’insupportables exigences allemandes. Début 1943, de Gaulle lui confie la mission d’unifier la Résistance sous sa direction dans une structure unique, le Comité national de la Résistance (CNR) dont la première réunion se tient le 27 mai 1943 – et non le 25, comme le dit le télégramme, Jean Moulin ayant dû décaler in extremis la réunion initiale en raison de l’absence d’un délégué.

Cette mission est difficile : il faut échapper aux Allemands, mais aussi réunir des mouvements divisés et pour lesquels le général de Gaulle n’a pas toujours de légitimité. De plus, l’objectif de Moulin est de rassembler toute la Résistance, c’est-à-dire les mouvements, mais aussi « les forces morales, les forces syndicales, les forces politiques » en-dehors des mouvements de résistance, mais qui pourraient participer à la Libération et à la mise en place des nouvelles institutions républicaines après la guerre.

Certains résistants sont pourtant très hostiles aux partis politiques, jugés responsables de la défaite. D’autres se méfient des communistes, qui sont influents dans le CNR, où ils sont représentés en tant que parti mais aussi par l’intermédiaire de la CGT et du Front national, une organisation de rassemblement large sous leur direction. Seul le mouvement Défense de la France n’est pas présent à la première réunion du CNR (mais il se rallie à de Gaulle peu après). L’ordre dans lequel Jean Moulin présente les organisations qui y participent est important, comme il le souligne à la fin du télégramme : il faut amadouer les mouvements de zone Sud.

Pour parvenir à réunir le CNR, Jean Moulin a dû faire preuve de souplesse et de diplomatie. Son succès permet de renforcer la légitimité du général de Gaulle dans sa volonté d’incarner aux yeux des Alliés toute la France combattante, y compris résistante. La formation du CNR est donc un pas décisif vers son accession au pouvoir à la Libération. Le 21 juin, cependant, « Rex » (un des pseudonymes de Moulin) est arrêté à Caluire, près de Lyon. Torturé par les services de la Gestapo sous la direction de Klaus Barbie, il meurt le 8 juillet 1943.

Ressources complémentaires :

 

Bibliographie

Jean-Pierre Azéma, Jean Moulin : le politique, le rebelle, le résistant, Paris, Perrin, 2006 [2003].

Daniel Cordier, Jean Moulin, la République des catacombes, Paris, Gallimard, 1999.

Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance (1940-1945), Paris, Perrin, 2013.

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