Affiche « Hier, Aujourd’hui, Demain : la France.De Gaulle : Françaises, Français ! »

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Affiche « Hier, Aujourd’hui, Demain : La France.

De Gaulle : Françaises, Français ! »

Source : Fondation Charles de Gaulle © Droits réservés – Téléchargement

Présentation 

Affiche polychrome d’un format moyen (111,5 cm x 75,5 cm) éditée dans le cadre de la campagne électorale pour les législatives du 17 juin 1951 qui se décompose en quatre parties distinctes : un titre « Hier, aujourd’hui, demain : la France », un visuel occupant la moitié supérieure de l’affiche, un sous-titre « De Gaulle : Françaises, Français ! » et un texte imprimé en trois colonnes qui s’achève par la signature manuscrite de Charles de Gaulle.

Contextualisation

Après des succès importants lors des élections municipales des 19 et 26 octobre 1947 – où le RPF s’installe comme majoritaire au conseil municipal de Paris avec Pierre de Gaulle, le frère du général, et prend les villes de Bordeaux (Jacques Chaban-Delmas), Lille (René Gaifie), Marseille (Michel Carlini), Rennes (Yves Milon), etc. généralement dans le cadre de coalitions – et lors des élections cantonales de 1949, le parti mené par Charles de Gaulle s’engage, dès la fin de l’année 1950, avec allant dans la campagne des élections législatives du 17 juin 1951. Le temps est alors à la reconquête de l’opinion publique et du pouvoir après le camouflet d’octobre 1946.

Analyse

Cette affiche placardée au cours de la campagne électorale reprend dans le texte le cœur du message politique délivré par le général de Gaulle depuis le discours de Bayeux. Il y réaffirme son anticommunisme, qu’il considère comme internationaliste – et en conséquence antipatriote – mais surtout à la botte de Moscou dans un contexte de tensions extrêmes entre les deux superpuissances. Pour Charles de Gaulle, le danger communiste c’est la dictature soviétique. Même s’il exprime dans l’affiche le risque d’une « invasion » [en lettres capitales dans le texte] des Soviets, il est peu probable que le général de Gaulle ait réellement cru à cette éventualité. Pourtant, si Charles de Gaulle défend – comme dans pratiquement tous ses discours – expressément la démocratie, ce n’est pas pour autant qu’il se montre en atlantiste invétéré. En effet, l’alliance avec les États-Unis est scellée dans le cadre du CAN (Conseil de l’Atlantique nord) depuis le 4 avril 1949 et qu’en décembre 1950, les événements de Corée s’accélèrent avec la nomination du général Dwight Eisenhower comme commandant suprême des forces alliées en Europe, Charles de Gaulle s’insurge contre cette perte d’autonomie au niveau de la défense nationale. En effet, le patriotisme de Charles de Gaulle s’exprime dès le titre de l’affiche : « Hier, aujourd’hui, demain : la France » qui met en avant le leitmotiv du général de Gaulle et par métonymie celui supposé du RPF et donc de l’ensemble des candidats du RPF, à savoir la défense des intérêts de la France et par extension de la Nation tout entière.

Cette défense de la Nation et de ses intérêts passe, selon Charles de Gaulle depuis qu’il l’a affirmé dans son discours de Bayeux du 16 juin 1946, par le RPF dont le programme vise à limiter l’influence des partis politiques et à modifier la constitution afin que le pouvoir exécutif détenu principalement par le chef de l’État domine le pouvoir législatif détenu par le parlement. Le texte de l’affiche s’affiche par le slogan déployé lors de cette campagne électorale : « pour le salut de la France, le rassemblement du peuple français. » Ce rassemblement doit donc en réalité se faire derrière de Gaulle, dont le nom s’inscrit en rouge et en lettres capitales d’imprimerie de très grand format (environ un sixième de hauteur d’affiche, soit près de 20 cm). Ce procédé graphique permet de mettre en œuvre une forme de personnification du parti qui permet de conclure que de Gaulle c’est le RPF et que le RPF c’est de Gaulle. Bien évidemment le RPF est mentionné dans le texte (en toute fin) et est suggéré par la présence de la croix de Lorraine, telle qu’on la retrouve au cœur du logo officiel du parti.

La moitié de l’affiche est consacrée à une photographie de Dreux, reprise d’une affiche de 80cm x 60 cm éditée en 1947, d’une partie du haut-relief sculpté en 1835 par François Rude pour une des faces de l’Arc de Triomphe à Paris et intitulé Le Départ des volontaires de 1792 dit également La Marseillaise. La partie photographiée représente le génie de la Liberté sous la figure d’une femme ailée poussant un cri d’alerte face à l’invasion ennemie. Cette Liberté, assimilable à une Marianne ou une République ailée porte la toge et le bonnet phrygien, celui-ci est normalement surmonté d’un coq qui semble avoir été effacé par photomontage. Pourtant la bouche ouverte et le regard effaré de cette République n’annonce rien de bon ; d’autant que la prise de vue de Dreux, si elle laisse apparaître furtivement le fourreau, coupe le bras armé du génie de la Liberté et son glaive. Celui-ci serait donc le général de Gaulle qui se veut protecteur et surtout en proximité avec le lecteur-électeur par l’intermédiaire de l’apposition d’une signature manuscrite en bas du texte.

Cette affiche de la campagne électorale des législatives de 1951 s’inscrit dans une continuité avec de nombreux codes visuels ou formules utilisés depuis 1947. Ainsi l’idée du « salut de la France » fait explicitement référence au « pour le salut public », expression utilisée sur la vignette-timbre qui servit le mouvement à renflouer ses caisses en 1948. Sur cette vignette-timbre éditée en masse se retrouve La Défense de Rodin, autrement appelée L’appel aux armes qui a été sculpté initialement en réponse à un appel de l’État en 1879 pour un monument à la République et un monument à la défense de Paris. Du groupe sculpté original, André Malraux choisit en 1948 le seul élément supérieur qui représente un génie ailé portant un bonnet phrygien dont l’expression furieuse, les bras tendus à l’horizontale et les poings fermés évoquant en partie La Marseillaise de Rude comme symbole du mouvement. Selon Malraux, « notre propagande, c’est cette affiche jadis dessinée par Rodin, cette « République » qui hurle son espoir dans le destin de la France sur tous les murs de votre ville. (…) Mais notre propagande n’est ni une technique ni une astuce, et je voudrais en effacer jusqu’au mot. Le gaullisme est une école d’énergie. » Dans le même esprit, l’affiche qui invite au meeting principal du congrès du parti le 21 octobre 1950 au vélodrome d’hiver reprend La Défense de Rodin comme élément visuel de rassemblement.

La figure tutélaire d’une Marianne appelant ou criant est également convoqué dans une célèbre affiche du RPF[7] pour les élections de 1951 et édité dès 1950 où Charles de Gaulle est représenté devant cette Marianne ; les deux sont accompagnés du logo du RPF et appellent à voter pour le parti et « pour le salut public ».

Ressources complémentaires :

 

 

Bibliographie 

Serge Berstein, Pierre Milza (dir.), L’année 1947, Paris, Presses de Sciences Po, 1999 et notamment les chapitres 10 (Maurice Vaïsse, « Chapitre 10. La défense de la France », pp. 237-262) et 14 (Bernard Lachaise, « Chapitre 14. La création du Rassemblement du peuple français », pp. 327-337).

Pascal Cauchy, « La République des compromis (1951- 1955) », La IVe République, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, pp. 68-93.

Éric Duhamel, Histoire politique de la IVe République, Paris, La Découverte, « Repères », 2000.

Catherine Durandin, La guerre froide, Paris, Presses Universitaires de France, 2016.

Laurent Gervereau, La Propagande par l’affiche, Paris, Syros Alternatives, 1991.

Bernard Lachaise, « Itinéraires des parlementaires gaullistes de la IVe République », Parlement[s], Revue d’histoire politique, vol. 7, n° 1, 2007, pp. 47-63.

Anne-Laure Ollivier, « Gaullistes et socialistes au prisme du pouvoir local. L’exemple de Marseille (1947-1977) », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 116, n° 4, 2012, pp. 23-35.

Sitographie 

http://www.musee-rodin.fr/fr/collections/sculpture/la-defense

http://www.nella-buscot.com/monde_sculpture.php

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